À Plaisir, Le Valibout, Quartier prioritaire de la politique de la Ville (QPV), doit être profondément rénové d’ici 2028. Un projet à 65 millions d’euros, bénéficiant des financements de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), pour transformer ce quartier de 1 100 logements, tous en locatif social. Mais un projet qui ne plaît visiblement pas à tout le monde.

Ainsi, une pétition en ligne a été lancée début décembre, récoltant une cinquantaine de signatures et surtout une autre en version papier ayant mobilisé 307 signataires au 17 janvier, selon Étienne Recht, porte-parole de l’association Droit au logement Yvelines (Dal 78), à l’origine de la pétition. « On fait un peu de porte-à-porte le soir pour faire signer la pétition », précise-t-il, ajoutant qu’ils « priorisent les bâtiments qui vont être directement impactés ».

Premier point dénoncé dans la pétition, le fait que le projet ait été « monté par la mairie sans concertation réelle avec les habitants ». « La concertation […] ne concerne que les aspects secondaires du projet, regrette Étienne Recht. Les principaux aspects, à savoir la démolition de bâtiments et le passage de la nouvelle route, ne sont pas dans le cadre de la concertation. »

Sur le premier aspect, ce sont en effet 58 logements qui doivent être démolis, répartis sur trois bâtiments. « Les bâtiments qui sont voués à la démolition viennent d’être réhabilités. L’un des trois bâtiments est encore en cours de réhabilitation, la réception des travaux n’a même pas été prononcée », ajoute Étienne Recht, indiquant que les rénovations datent de 2012, et soulignant qu’il s’agit de « réhabilitations importantes, totales, intérieures et extérieures, et les parties communes ».

Un argument balayé par la maire de Plaisir, Joséphine Kollmannsberger (LR). « Ils font partie de la première tranche, une tranche qui a été réhabilitée il y a plus de dix ans, même plus que ça », d’après l’édile. Elle rappelle aussi que le projet prévoyait initialement 180 démolitions, « et je me suis battue pour aller à minima. » Quant au passage d’une nouvelle route dans le quartier, « c’est une rue comme une autre », estime l’élue, affirmant également n’avoir jamais vu le Dal 78 dans les réunions de concertation.

La maire dénonce une pétition « pour envenimer les choses »

« C’est une association soi-disant de protection des locataires alors qu’en vérité, ce sont plutôt des personnes qui, à mon sens, sont là pour envenimer les choses », juge-t-elle, estimant qu’ils créent « un mouvement d’incompréhension et surtout d’inquiétude auprès des Plaisirois » uniquement à des fins politiques.

De son côté, Arnaud Legros, président du directoire des Résidences Yvelines-Essonne, le bailleur gérant les logements du Valibout, abonde et justifie notamment les démolitions par la volonté de « favoriser la circulation » dans le quartier. Rappelant lui aussi que plus d’une centaine de démolitions étaient au départ prévues, il assure que ce sujet et tous les autres figuraient au menu de la concertation et que tout est fait en matière de relogement des locataires concernés, avec notamment jusqu’à trois propositions formulées, avec « les mêmes conditions de loyers et de ressources, et on peut même adapter [à] leurs besoins ».

« S’ils veulent rester sur le Valibout, on leur trouve un logement sur le Valibout, s’ils veulent aller ailleurs, on leur trouve un logement ailleurs, développe-t-il. On fait à chaque fois une enquête sociale auprès de tous les locataires, on leur demande leurs besoins, leurs souhaits, et on ne fait que des propositions qui correspondent à leur demande. Donc ce n’est pas des expulsions, or c’est un peu comme ça que c’est présenté. » Et d’assurer : « Je n’ai jamais vu un locataire relogé qui, ensuite, est venu se plaindre. » Il insiste sur le fait que les démolitions ne seront effectuées « que quand on aura fini de reloger tout le monde, sous réserve du mauvais coucheur qui fait exprès de refuser tout ce qu’on lui propose ».

Les signataires dénoncent notamment le manque de concertation, la démolition de 58 logements et le déplacement de l’école Louise Michel près de l’école Danièle Casanova, au sein d’un nouveau groupe scolaire.

Diabe Kamara, président du Dal 78, n’est pas du même avis. « Je peux vous ramener des locataires qui ne sont pas contents de déménager et qui ne sont pas d’accord avec le bailleur [sur les] relogements qu’il leur propose, martèle celui qui est aussi représentant des locataires et vit dans le quartier depuis 29 ans. Il y a des personnes qui se sentent forcées. »

Il cite l’exemple d’une locataire qui « [lui] a fait comprendre qu’elle ne voulait pas déménager, qu’elle ressentait une pression vis-à-vis du bailleur ». Ce père de famille dénonce lui aussi le passage d’une nouvelle route à la place des immeubles démolis. « J’aurai moins de champ de promenade pour me promener avec mes enfants. […] Au Valibout, on a une population qui est très jeune, beaucoup d’enfants. Donc c’est un risque d’accidents, s’inquiète-t-il. Cette route, les gens vont l’emprunter comme des fous, car ça va être un raccourci, je ne pense pas que la limitation de vitesse sera respectée. »

Étienne Recht, lui, trouve « aberrant de pouvoir prétendre au label écoquartier alors que le projet propose de démolir des HLM et de faire passer des routes sur des espaces naturels ». Il reconnaît que le nombre de démolitions au Valibout « est relativement faible ». « Mais peu importe, dans le contexte actuel, […] c’est déjà beaucoup trop, car il n’y a pas de reconstruction derrière », estime le porte-parole du Dal 78, en faisant référence à un problème général touchant les Yvelines comme d’autres départements, la carence en logements sociaux : « Sur le département des Yvelines, nous manquons de 30 000 logements HLM. […] Les conséquences sociales se portent sur l’ensemble de la population du département susceptible de prétendre à un logement social. À Saint-Quentin-en-Yvelines, par exemple, plusieurs villes sont déjà carencées, et pourtant, on continue de carencer, de démolir. »

Mais la maire défend un projet avec, en plus des logements sociaux non détruits, « des constructions d’acquisition, pour faire de la mixité sociale ». Celles-ci seront situées au-dessus de commerces réunis dans un centre commercial à l’emplacement de l’ex-silo 9, démoli il y a plus de deux ans. Un emplacement où l’on trouvera notamment aussi une salle associative et polyvalente.

Dans le quartier remis à neuf, verront aussi le jour un garage solidaire « pour pouvoir réparer des voitures et faire des formations », une PMI (Protection maternelle et infantile) de 800 m² prise en charge par le Département, et « un aménagement de toutes les voiries internes et de tous les espaces verts, avec les parkings refaits complètement à neuf », énumère Joséphine Kollmannsberger.

L’édile justifie ainsi les 65 millions d’euros investis, pour « réhabiliter en profondeur tout ce quartier qui, véritablement, en a besoin ». Et ce alors que du côté du Dal, Etienne Recht considère que le quartier « n’a pas besoin d’une si grosse somme d’argent », mais « de quelques millions d’euros pour la réfection des voiries, la mise en place d’équipements pour la jeunesse, et c’est tout, le reste a déjà été rénové ».

Dans l’utilisation qu’ils jugent déraisonnée des financements mobilisés pour le Valibout, les associations et habitants contestataires pointent notamment la « destruction » de l’école maternelle Louise Michel. « Transformer une petite école qui vient d’être rénovée, à taille humaine, avec une équipe pédagogique stable, la réduire en poussière pour regrouper tous les enfants dans une usine à élèves, tout laisse à penser que ce n’est pas ça qui va améliorer le climat scolaire et la réussite éducative des enfants », analyse Étienne Recht. « J’ai passé des années là-bas, la plupart de ma famille a passé des années là-bas. Je n’accepte pas que, derrière, ils démolissent une école pour faire une grande usine à gamins. Une école qu’ils ont rénovée il y a moins de cinq ans », abonde Diabe Kamara.

La maire rappelle que l’école Louise Michel « ne disparaît pas, elle est intégrée dans le groupe scolaire ». Elle doit en effet être déplacée à l’école Danièle Casanova, au sein d’un pôle intégrant également l’école Pierre Brossolette, tous ces établissements bénéficiant d’ailleurs d’une nouvelle cantine inaugurée en novembre dernier. « [L’école Louise Michel] n’est à même pas 150 m de l’autre, avance la maire. Je ne vois pas en quoi un regroupement d’écoles avec une nouvelle cantine, une nouvelle cour, un jardin partagé pour les enfants, […] doit perturber les gens, bien au contraire. »

Les signataires se réunissent au sein d’ateliers de travail alternatifs

Les signataires de la pétition, eux, ne semblent pas convaincus et déclarent se réunir une ou deux fois par semaine autour d’ateliers de travail, avec les associations Dal 78 donc, mais aussi Appuii (Alternative pour des projets urbains ici et à l’international, association intervenant en soutien à des demandes locales), Copolis (association d’universitaires qui met à disposition un sociologue et un historien pour la concertation) et la Fondation Abbé Pierre. Et ce, « afin de connaître leurs desiderata (des habitants, Ndlr) et de comprendre leurs besoins sur le quartier. Pour l’instant, les besoins, on les a identifiés de deux ordres : l’aménagement extérieur et la jeunesse », rapporte Étienne Recht.

La Municipalité, elle, entend bien poursuivre ses réunions de concertation dès que la situation sanitaire le permettra. « Ce qui va être changé dans le quartier va nécessiter des concertations », assure la maire, qui insiste : « Si ça fait huit ans qu’on se bat sur le quartier, ce n’est pas pour leur donner du moins bien (aux habitants, Ndlr), c’est pour leur donner du mieux. »

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