La labellisation en attendant une nouvelle installation. Le SQYlab, l’atelier collaboratif de SQY, situé à La Verrière, s’est vu décerner le label « Fabrique numérique de territoire » le 3 février dernier. Ce label, qui concerne plus précisément l’association Hatlab – regroupant, en plus du SQYlab, le Sunlab de Viroflay et l’Easylab de Vélizy -, fait suite à un appel à projets lancé par l’État via l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) cet été, visant à soutenir 300 tiers-lieux, 80 fabriques numériques et 30 fabriques d’innovation numérique du territoire. Une excellente nouvelle pour cet atelier où moyennant une cotisation annuelle de 50 euros – 20 euros pour les étudiants et demandeurs d’emploi – particuliers et entreprises peuvent venir et utiliser découpeuse laser, imprimantes 3D et autre brodeuse numérique.

« Il y avait plusieurs millions de prévus par l’État pour soutenir ces créations de tiers-lieux, on a répondu à l’appel à projets, et en octobre on a été lauréats au plus haut niveau, c’est-à-dire fabrique d’innovation numérique de territoire, relate Arnaud Sauzeat, le président de l’association. On fait partie des 32 [à ce niveau]. On a la subvention la plus importante, 100 000 euros qui nous ont été accordés, dans un premier temps sur de l’investissement pour le développement et la pérennisation de nos activités. Et après, on va avoir un accompagnement en tant que tiers-lieu sur du fonctionnement pendant trois ans. » Et d’ajouter : « 50 % du budget concerne le déménagement, et donc vont être affectés au déménagement et à l’équipement des surfaces. »

Car, comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, un accord avait été trouvé quelques semaines plus tôt avec la Ville de La Verrière pour la mise à disposition de nouveaux locaux pour le SQYlab à partir de juin prochain, toujours dans la même commune mais bien mieux placés. « La Verrière nous a passé une convention en janvier sur un local, en plein cœur de ville, à 300 mètres de la mairie alors que là, on était isolés », indique Arnaud Sauzeat.

Le label « Fabrique numérique de territoire » a été décerné à l’association Hatlab, dont fait partie le SQYlab de La Verrière. Ce dernier devrait bientôt quitter ses locaux actuels (photo) pour d’autres plus grands.

Pour rappel, les locaux actuels sont situés près de la RN10 et partagés avec d’autres structures, sur une surface de 120 m². Le SQYlab les occupait gratuitement depuis 2015 grâce à une convention de mise à disposition passée entre SQY et la mairie La Verrière. Mais la convention prendra fin au 30 juin prochain. Le futur lieu d’accueil, lui, est situé dans une ancienne déchetterie rue du Petit Pont. Un soulagement pour le SQYlab, seul fablab de l’agglomération et qui cherchait des locaux depuis plus d’un an (lire notre édition du 7 mai 2019). D’autant que les futurs locaux seront bien plus grands, puisque la surface s’élèvera à 580 m², à laquelle s’ajoutera une mezzanine.

Appartenant à la Ville, les locaux seront mis à disposition gratuitement « en contrepartie d’animation d’une dizaine d’ateliers par an pour les personnes de la commune (habitants, structures éducatives, Scarabée…, Ndlr) », précise Arnaud Sauzeat. Il ajoute qu’ « on est en train de faire le dossier administratif pour faire des travaux » dans les locaux.

Et le label a forcément facilité les tractations, comme le laisse entendre le président de Hatlab. « C’est une très bonne opération, mais en même temps, on est Fabrique numérique du territoire et sur SQY, il n’y en a pas beaucoup, avance-t-il. Les Yvelines comme La Verrière ont aussi l’opportunité d’avoir une fabrique numérique du territoire. »

À la subvention de 100 000 euros, s’ajoute celle de 15 000 euros accordée par l’agglomération de SQY en octobre : elle comprend 5 000 euros pour le fonctionnement et 10 000 pour des investissements. « C’est lié au déménagement du Fablab aussi », fait savoir Arnaud Sauzéat, qui, avec toutes ces aides financières, voit forcément les choses en plus grand pour son association. « On va changer d’échelle, assure-t-il. On était à entre 30 000 et 40 000 euros de fonds de roulement et là, avec 100 000 euros de subvention, on va essayer de générer 100 000 à 150 000. »

Ce nouveau statut et les dotations qui vont avec impliquent en revanche davantage d’exigences dans les missions du fablab. « En étant Fabrique numérique du territoire, l’État nous demande de créer du lien, notamment à destination des quartiers prioritaires de la ville, des personnes éloignées du numérique, … , explique Arnaud Sauzeat. Donc on a créé un consortium, on a fait une première réunion le 6 février et on avait 23 participants. On a créé huit collèges : fablab, communautés de commune, villes, structures éducatives… L’idée, c’est qu’on échange sur les projets de la fabrique du numérique et qu’on puisse présenter nos projets à tous ces membres du consortium. On leur fait valider que c’est pertinent pour le territoire et que c’est conforme aux attentes de l’ANCT, […], que l’on respecte bien le cahier des charges donné par l’État. »

« L’idée, comme on est fabrique numérique de territoire, c’est que l’on développe des actions communes entre les acteurs du territoire », souligne-t-il. Le SQYlab a ainsi noué des partenariats avec Face 78, le Sqycub, le monde de l’éducation, l’École de la deuxième chance, ou encore l’Institut des mines télécom (établissement d’enseignement et de recherche sur l’innovation dans les domaines de l’ingénierie et du numérique au service de l’industrie, Ndlr). Ce dernier, basé à Paris, s’est associé au SQY lab pour mettre en place des Mooc, des formations en ligne. « Il y a deux ans, ils ont conçu un Mooc hybride, avec 60 heures faites par internet et 60 heures dans les fablab, raconte Arnaud Sauzeat. L’imprimante 3D, la découpe, tout le monde n’en avait pas, et on a fait partie des quatre ou cinq fablab qui ont bénéficié de ce dispositif. » Tous ces partenariats vont désormais pouvoir se renforcer avec la labellisation.

Et l’association a d’autres projets, comme l’ouverture d’une quatrième structure à Magny-les-Hameaux. « Pour l’instant, on n’a pas de convention mais c’est très probable pour le deuxième semestre 2020 », confie Arnaud Sauzeat.

Au SQYlab, un Guyancourtois prépare son projet de « foodtruck de la menuiserie »

Il s’appelle Kevin Lartin, a 33 ans, et espère lancer d’ici l’été prochain un service de menuiserie itinérante. Ce Guyancourtois s’est lancé dans ce projet après une reconversion professionnelle. « J’ai été vendeur de roulements à billes, de moteurs de recherche, de téléphones portables, de téléviseurs, raconte ce titulaire d’un BTS en action commerciale. Mon dernier poste, ça a été directeur d’une enseigne qui s’appelait Loisirs et création, où je proposais des ateliers en loisirs créatifs, […]… À la fermeture de l’enseigne, j’ai réfléchi à comment faire en sorte que ce genre d’ateliers puisse servir mais dans un environnement un peu plus large, qui est la sensibilité à l’environnement, le recyclage, et la volonté des gens de faire par eux-mêmes. »

Il se tourne alors vers la menuiserie et en 2018, suit une formation avec le Greta pendant un an, en lycée professionnel. « J’ai appris la menuiserie, la pose et l’installation, indique-t-il. […] Donc j’ai les compétences, et comme je cherchais un endroit pour commencer mon activité, j’ai commencé à fréquenter le fablab, où il y a un atelier bois avec plein d’éléments, et j’ai vu une formation en ligne […] sur tout ce qui est nouvelles technologies, donc le prototypage, fabrication numérique, l’impression 3D, le marquage laser… »

L’idée lui est donc venue d’allier menuiserie et technologie. « Je me suis dit autant étendre cet atelier à ces nouvelles activités numériques, qui ne sont pas encore bien ancrées dans le métier », relate-t-il. Ainsi commence à éclore son projet reposant sur trois mots d’ordre : fabriquer, personnaliser et réparer. « Les gens se présentent avec une idée et la réalisent avec les éléments à disposition », explique Kevin Lartin

« Les gens se présentent avec une idée et la réalisent avec les éléments à disposition », résume Kevin Lartin à propos de son projet.

Le tout via un système d’adhésions similaire à celui d’un fablab. Les adhérents pourraient ainsi « venir et faire leurs travaux, avoir un accompagnement dans leurs opérations, ou réserver pour une session particulière », et de manière nomade puisque tout cela aurait lieu dans un camion géolocalisable par une application smartphone, et qui circulerait « un peu comme un foodtruck, mais avec de la menuiserie », avance le Guyancourtois.

Le camion, il faut par contre encore en trouver un. Et cela a un coût : « 60 000 euros pour l’achat et l’aménagement du camion, 20 000 pour juste l’aménagement », selon Kevin Lartin, qui indique s’être rapproché de Leroy Merlin, rencontré grâce au fablab, et espère convaincre le géant du bricolage, en acquérant par exemple le camion gratuitement par le biais de sponsoring. « Ils m’ont indiqué qu’ils avaient un camion de démonstration produits qu’ils n’utilisent plus, mon objectif est de négocier pour reprendre ce camion et l’aménager », précise-t-il.

L’immatriculation de la société a été obtenue le 25 février. Kevin Lartin peut maintenant se consacrer à la recherche de financements, notamment en lançant une campagne de financement participatif, puis en concourant à l’appel à projets de l’État pour la dotation sur les tiers-lieux. Sans oublier de multiplier ses présences sur les salons pour se faire connaître. En attendant, des projets sont déjà en cours, comme la création, en partenariat avec la mairie de Viroflay, de boîtes à livres. Il est aussi régulièrement présent au SQYlab de La Verrière où il continue de travailler son projet, et utilise des découpeuses laser et des outils de menuiserie pour fabriquer des cartes de visite… en bois.