L’Hyperloop, projet de train à grande vitesse du futur proposé en 2013 par le milliardaire américain Elon Musk, suscite un fort enthousiasme auprès des étudiants en école d’ingénieurs. Parmi eux, ceux de l’Estaca, à Montigny-le-Bretonneux, actuellement à l’œuvre dans le but de présenter un prototype en 2022 lors de l’Hyperloop pod competition, un concours annuel qui a lieu en Californie entre des universités et écoles du monde entier.

« Hyperloop est un concept qui nous intéressait énormément de base, raconte Enki Saura, 22 ans, en 4e année à l’Estaca, et à la tête d’une équipe d’une quarantaine d’étudiants de l’établissement, qui s’est constituée en association sous le nom d’Hyperion. On voulait faire un truc autour de ça, mais on ne savait pas trop quoi. On a fait quelques recherches et on est tombés sur ça, avec des grosses équipes qui lançaient des trucs plus rapides qu’un TGV. Ça nous paraissait complètement infaisable mais on a quand même voulu tenter. »

Le jeune homme se dit séduit par ce projet « assez transverse en termes de connaissances de transport ». Il a commencé à s’y intéresser en 2017 et la perspective de plancher sur l’Hyperloop a connu un fort engouement au sein du campus. « Au début, on était quatre et puis, il a commencé à y avoir plein de monde qui s’intéressait au projet », confie Enki Saura.

« Quand on a ouvert des phases de recrutement plus officielles, on s’est retrouvé en surnombre, complète Thomas Guglielmi, 21 ans, lui aussi en 4e année et responsable du pôle test dans l’équipe. On était 56 inscrits l’année dernière. » L’équipe a ensuite connu quelques défections, tombant à 42 inscrits.

Tout ce petit monde contribuera à faire d’Hyperion la première équipe française à participer au concours. Mais la concurrence sera rude et les participants seront jugés sur des critères très stricts. « On rend un dossier technique assez poussé, précise Enki Saura. Ils regardent si c’est intéressant, si ça va dans la bonne voie, s’ils pensent que c’est faisable pour le concours. Ils regardent aussi [la vitesse à laquelle on veut aller]. Ensuite, ils font une sorte de suivi avec des Skype. Puis, pendant l’été, on va sur place au QG de Space X et on fait des séries d’essais de sécurité. Là, il y a environ 80 à 90 % des équipes qui [sont éliminées]. »

Vitesse et freinage sont les deux principaux critères. Et les exigences changent régulièrement. « Le concours est en train d’évoluer, fait savoir Thomas Guglielmi. On passe d’une ligne droite de 1,6 km à une ligne droite beaucoup plus longue, puis une courbe, puis une autre ligne droite, ce qui fait que niveau accélération-décélération, il va potentiellement falloir négocier un virage. » Pour l’étudiant, l’objectif, plus que de gagner le concours, est de « développer le transport du futur et de faire en sorte que ce soit augmentable à plus grande échelle ».

Mais 2022 est encore loin. Pour l’instant, l’équipe en est à la réalisation d’un banc d’essai qui doit lui permettre de tester les technologies sur lesquelles elle souhaite s’appuyer. Notamment deux en particulier : la lévitation (inductrack) et la propulsion au moteur linéaire.

Le banc d’essai devait être finalisé ce mois-ci. Ensuite, Hyperion a prévu de se lancer dans la mise en place du modèle réduit, puis, en 2021, du modèle réel, et donc du prototype. C’est ce dernier qui doit être présenté lors du concours à l’été 2022. « L’objectif va être d’accélérer le plus longtemps possible jusqu’au point où il faut freiner », avance Thomas Guglielmi, qui, comme Enki Saura, ne devrait pas être du voyage en Californie puisque tous les deux auront terminé leurs études depuis un an.

Mais il espèrent que d’autres prendront la relève et contribueront à atteindre le cap fixé. « Notre but est de dépasser les records qui sont faits actuellement, c’est-à-dire 467 km/h sur 1,2 km, affirme Enki Saura. Pour que l’on se rende bien compte de ce que c’est comme performance, un TGV va actuellement à 320 km/h, et quand il freine en urgence en étant lancé à cette vitesse-là, il met trois kilomètres pour s’arrêter. »

À la clé pour les vainqueurs, une rencontre avec Elon Musk et « énormément d’expérience », acquise à travers un concours constituant « une énorme ligne sur son CV » et permettant, pourquoi pas, « une porte d’entrée vers des entreprises Hyperloop », estime Enki Saura. Pour mener à bien son projet, Hyperion s’est entouré de cinq partenaires et continue à chercher des financements et donc des sponsors. Les personnes intéressées peuvent contacter l’association à l’adresse [email protected]